[Films] Savages

Ben et Chon sont amis depuis de nombreuses années et s’entendent comme les deux doigts de la main. Le premier est un botaniste talentueux soucieux d’aider son prochain par des causes humanitaires ou des simples gestes, et l’autre est un ancien soldat ayant gardé des réflexes un peu brutes de la guerre en Irak. Ils se complètent efficacement dans leur emploi commun peu commun : le trafic de cannabis. En effet, Ben est capable de faire pousser les meilleures herbes des Etats-Unis et Chon s’occupe de traiter d’une main de fer les éventuels conflits. Une fine équipe, donc, qui partage également le même amour, la belle Ophélie. Une relation en trio sans conflit dont l’équilibre va se trouver brisé lorsque le Cartel mexicain essayant de s’approprier les services des deux compères depuis longtemps, va décider d’enlever la belle pour les menacer. Un acte qui va attiser une colère qui aurait mieux fait de rester endormie.

Une histoire de drogue efficace
Dans la plus pure lignée des films sur la drogue et les cartels comme Traffic, True Romance, ou encore l’excellente série Breaking Bad, Savages nous mettra face aux classiques confrontations brutales de gangs. Les menaces, coups fourrés, trahisons et les dérapages qui en découlent seront nombreux et bien sanglants. Un tableau magnifiquement froid et ignoble de ce monde sans scrupules qui me fait toujours me demander comment on peut avoir envie de se plonger dans cet univers ! Sérieux, risquer sa vie contre un gros paquet d’argent, je peux concevoir, mais dans ce monde là, on ne risque pas « juste » une balle dans la tête, on a sans arrêt le risque de se retrouver torturé, décapité, brûlé ou autre, juste pour que l’exemple soit encore plus fort que le gang d’à côté. On est pas si mal, dans son petit appartement et avec son petit train-train quotidien, moi j’dis.

La mise en scène est propre et efficace. On sent le savoir-faire d’Oliver Stone qui rend les scènes choc lourdes de tension et sait nourrir des personnages dont le background de base est déjà bien intéressant. Qu’il s’agisse du chef du cartel, des héros, de la fille, ou du simple homme de main, les personnages ont une vraie épaisseur, des sentiments palpables et on est forcé de nourrir une certaine empathie pour eux. Et il faut dire que les acteurs jouent parfaitement leur rôle : Benicio Del Toro est délicieusement répugnant, et même Travolta (que je n’aime pas trop) est intelligemment cantonné dans un rôle secondaire assez risible et pathétique qui lui va bien.

J’ai juste un peu de mal avec le choix de la double fin (vous comprendrez ce que je veux dire si vous voyez le film), mais c’est un goût personnel. Je trouve que ça passe bien dans les comédies, mais dans les films sérieux comme ça, moyen.

Un plan à trois ?
L’aspect le plus intéressant à mes yeux est le fait que les deux héros se partagent la même fille. Mais pas comme dans les clichés habituels où les deux potes sont en gentil conflit et l’un va finalement céder la place à l’autre et partir dans le soleil couchant… non, non. Ils sont tous les deux amoureux d’Ophélie, et elle les aime tous les deux autant, et ça leur va très bien. Une dimension libertine bien rare, surtout quand elle est traitée de façon aussi stoïque et fine. Les producteurs n’en ont même pas profité pour placer une scène de cul à trois, histoire d’appuyer le côté free sex. Il s’agit là avant tout d’une histoire d’amour. On aura juste droit à une scène au lit avec chaque mec indépendamment, histoire de montrer sans ambiguïté que le couple est totalement partagé, jusque physiquement (et pour nous faire profiter du magnifique postérieur de Chon, et non pas de la fille, ça nous change), mais c’est tout. Pour le reste c’est dans les sentiments et les actes que la relation sera dépeinte.

Et cela va jusqu’à désarçonner un peu le cartel qui hésite sur qui faire chanter si ils enlèvent la fille, ou encore va plusieurs fois insinuer à Ophélie que son couple est bancal, ou cache un secret et que Ben et Chon ne l’aiment pas vraiment s’ils la partagent. Et là encore, l’histoire ne va ni choisir la voie de la « bonne moralité » en détruisant le trio au profit d’un couple standard, ni jouer la provocation en brandissant l’étendard du libertinage. Non, malgré les incompréhensions du monde qui les entoure, nos héros partent du principe que vu que la situation leur convient à eux, autant continuer. Et c’est tout, pas de revendications ou de grands mots, juste un choix de vie qui ne regarde qu’eux et qui s’avère savoureusement légitime. Et assister à un peu de liberté, hors des conventions sociales et de leur jugement implacable, ça fait du bien.

En bref, Savages est un bon film, assez dur, mais empli d’une grande richesse sentimentale et psychologique dans les personnages, qui se perd parfois dans quelques longueurs scénaristiques trop classiques mais brille par la maîtrise de sa mise en scène et de ses points de vue.

2 réflexions au sujet de « [Films] Savages »

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